Jean C.

Avant-Propos

Je constate qu'il m'est difficile encore de partager ce vécu, comme s'il venait toucher une partie sensible en moi.

Car malgré tout ce que qui a déjà été raconté dans ce site, je n'ai point encore vécu de situation me permettant de voir le travail accompli sur moi face à ce qui ressortait beaucoup dans mes blocages avec Jean, soit:  "L'aspect prise en charge financière"

J'en parlerai plus en détail des découvertes de ces derniers mois à ce sujet dans le bilan "5 ans plus tard" de cette période qu'est "Recevoir".

Vécu

C'est le 27 juillet 96 que lors d'une sortie dans une brasserie avec des amies, je rencontre Jean.  Nous allons ensuite ailleurs et il vient avec nous, m'accompagne et nous discutons ensemble.  Il m'invite à souper pour le lendemain en me disant son désir de me revoir.  Je dis oui et nous échangeons nos numéros de téléphone.

Avec le recul, en relisant mes premiers écrits face à lui, je constate que j'étais sur mes gardes, car je voulais tout de suite m'affirmer face à lui, lui dire ce que je voulais et ne voulais point d'une relation.  Déjà je lui disais que je n'étais point femme à aventure ni pour les gestes intimes en public.

Dans les jours qui ont suivi, nous avons beaucoup échangé sur nos vies et je sentais qu'auprès de lui je serais cajolée, choyée tout en étant respectée dans qui j'étais.  J'admire en lui son côté aventurier, fonceur, releveur de défi.  Je lui demande même de m'accompagner au mariage de mon frère qui a lieu seulement une semaine après la rencontre.  Je constate aussi que mon corps se réveille à son contact.  Je me suis observée aussi dans ce que je pouvais vivre d'attente envers lui car il n'a aucune heure fixe pour me voir, son travail est très accaparant et finit souvent tard en soirée.  Il trouve quand même le moyen de venir me voir tous les soirs.

Je suis étonnée avec lui de par tous ces gestes attentionnés à mon égard, je n'ai point connu cela avant, cela correspondait enfin à ce que j'avais toujours voulu d'une vie de couple.

Auprès de lui j'ai autant envie de donner que de recevoir.  Pourtant au fil des jours, je m'aperçus qu'un malaise était très fort en moi dès qu'il s'agissait d'argent.  J'avais la sensation que je ne méritais point qu'il dépense autant pour moi, pour mes enfants, que je ne pouvais recevoir autant, lui demander de l'argent si besoin était.  Je lui fis part de mon malaise, il me rassura en me disant que pour lui cela faisait partie de lui, que ce que j'avais pour vivre par semaine, il le dépensait en toutes sortes de choses inutiles bien souvent.

Je constatai aussi que j'éprouvais malaise à vivre les gestes de tendresse avec lui devant mes enfants, la mère en moi qui se sentait coupable de vivre, du fait que j'avais brisé l'image de la famille, qui ne voulait pas faire revivre aux enfants les mêmes émotions de rejet que ceux-ci avaient vécues peu après le départ de leur père quand celui-ci fut aussitôt avec une autre femme.

Mon être était en dualité entre le désir de vivre de longues fréquentations par peur de revivre le vécu d'avant où il y a eu peu de fréquentations et le désir de faire des projets de futur avec lui pour continuer à avancer.

Tout au long de mon chemin avec lui, je ne peux m'empêcher de comparer avec ce que j'avais vécu, j'avais besoin de cela pour me rassurer que je ne vivrai point les mêmes situations.

Mon ego est très fort via l'aspect financier, je veux me prouver et prouver aux autres que je suis bonne gestionnaire, que je peux vivre sans un homme.  Cela me demande d'énormes doses de courage d'oser lui demander parfois un peu d'argent, la peur d'être rabrouée, d'être jugée sur une telle demande est très forte en moi.  Le passé a encore toute sa force.  Mais comme j'avais choisi d'avancer avec mon cheminement, je faisais les demandes, même si cela amenait en moi beaucoup de pleurs et de grincements de dents.

Jean est très à l'écoute de ma vision de vie, de mes expériences avec l'invisible.  J'étais vraie avec lui, je partageais mon vécu, ce qui était partie intégrante de ma vie, fini le temps où je taisais qui j'étais.  Il y a beaucoup de choses que même s'il en avait peu conscience, il mettait déjà en pratique dans sa vie.

La dualité est omniprésente en moi dès qu'il s'agit d'argent, je désire être choyée aussi matériellement et je me sens coupable, non méritante de telles actions.  Lorsque je parle à ceux qui m'entourent de ce malaise en moi, ceux ci me disent et redisent que je mérite de connaître cela, de recevoir sans culpabilité.  Pourtant, il n'y a que moi qui  refuse cela, qui a l'impression de ne rien apporter à l'autre en échange de cette abondance.  J'estimais ma valeur selon mes avoirs, mes actions et non selon qui j'étais.   Même Jean me disait que je lui apportais beaucoup de par mon amour sans condition, mon calme, ma patience, mon écoute, ma générosité, mon soutien face à ses projets professionnels futurs, que j'étais son oasis après une journée de travail, que je lui permettais d'apprendre à se détendre, à s'ouvrir, à s'exprimer en profondeur.

Du côté de ma sexualité, de ce que j'avais travaillé avant la rencontre, tout va bien, il respecte mes peurs, mes limites, je connais la joie de passer une nuit de tendresse, nuit comme j'avais toujours voulu vivre.  Je me sens respectée par lui et cela est très important pour moi.

J'ai aussi à gérer de nouvelles émotions des enfants car leur père agit différemment avec eux depuis que Jean est dans ma vie.  Ceux-ci s'attachent aussi très vite à Jean, à tout ce qu'il apporte de plus matériellement, ses petites attentions envers les enfants.

Chacun des moments avec Jean est riche de partage, de discussions, d'ouverture, je lui parle de mes dépassements, de ce qu'il m'aide à travailler sur moi.  Pourtant nous nous voyons que peu d'heures chaque jour.  Les  soirées de fin de semaine sont surtout là pour sortir.  Il est surpris aussi que je perçoive ses malaises non-dits.

Il me surprend continuellement en prenant des initiatives de réparer si quelque chose dans ma maison est brisée, d'acheter aussi les quelques bricoles à réparer.

Le 10 août il me demande si je suis vraiment prête à m'engager dans une relation, à bâtir avec lui un futur malgré le fait qu'il travaille beaucoup et a peu de temps à me consacrer.  Je lui dit oui.  Il veut que je vende la maison, que l'argent de la vente m'appartienne et que lui achète une nouvelle maison et voit`aux frais de celle-ci.  Je dis non, je ne me sens point prête à cela, j'ai la sensation que je n'ai point fini le travail  en moi  avec cette maison.  Il me dit que la maison est reliée à mon ex-mari, que j'ai encore trop de souvenirs heureux d'avec lui dans celle-ci.  Je prends le temps de bien regarder quel lien m'unit à la maison.  Elle est moi, à mon image, elle me représente dans ce que j'ai amélioré en moi, travaillé en moi.  Les attitudes de mon ex-mari c'est dans les enfants que je les retrouve, point dans la maison car celle-ci, je fus le concepteur en grande partie des rénovations, des décors et mon ex-mari en fut l'exécutant.  Que je dise non à quitter ma maison si vite  et vouloir vie commune avec Jean dans celle-ci dans un premier temps  a peut-être joué sur sa décision de me quitter.

Ce que je vécus avec Jean fut merveilleux au niveau de ma liberté d'être, avec lui j'avais le droit et j'étais même encouragée à m'occuper de moi, à voir et sortir avec mes amitiés.  J'apprends beaucoup à recevoir  avec lui ce à quoi j'ai eu beaucoup de difficultés surtout dès que l'énergie qu'est l'argent entrait en jeu.  De son côté, il apprenait à recevoir cet amour sans condition, cette compréhension, cette écoute, cette douceur qui est mienne.  Il est peu habitué à être accepté avec ses forces et faiblesses.

Avec lui, pour la première fois après plusieurs années, je réussis à dire "Je t'aime", car avec mon mari je ne pouvais exprimer ces mots qui n'étaient point vrai avec ce que je ressentais.

À travers mes écrits de cette période je pris conscience que si je ne voulais point vivre vite avec Jean ou autres c'était par peur de perdre ma liberté d'être, et d'être jugée selon les règles de la société, le paraître.  Peur aussi de m'engager à fond derrière tout cela.  Je ne voulais point qu'il dorme à la maison quand les enfants y étaient, j'avais besoin de vivre une certaine intimité et de me sentir bien avec mon ròle de mère, de l'exemple à donner.

Après quelques temps, une autre dualité se vit en moi, le désir de le voir tous les soirs est là, et le désir aussi de retrouver parfois mes soirées en solitaire.  Une fin de semaine plus tard, il est malade, je ne le vois donc point durant ce temps et je constate que j'avais besoin de ce temps de solitude, qu'il me manquait puisque depuis 2 ans j'avais appris à apprécier les fins de semaine sans les enfants, ces temps juste à moi.

Pendant ce temps, je vécus aussi une diminution de mon revenu, l'insécurité financière refaisait surface.  Jean était prêt à m'aider, à me donner argent, de mon côté je préférais qu'il me fasse un prêt, l'orgueil était grand et ma peur aussi qu'il me croit avec lui pour son argent était forte en moi.

J'étais aussi déchirée entre ma spiritualité, mes messages de ne point me préoccuper de trouver un emploi afin d'accomplir ma mission et la vie matérielle, la vie de société où l'aide sociale est perçue comme une honte, une non-autonomie financière.  Au fil du travail sur moi, je pus trouver que ma crainte de dépendre de Jean  financièrement  était reliée a une peur qu'il cherche alors à me dominer.  J'ai à apprendre à dépasser cette peur-là.   Je pris aussi conscience que je regardais trop ma relation avec Jean selon ce que j'avais connu avec mon ex-mari.  Mes mémoires étaient trop présentes pour  bien vivre cette relation comme un enfant, avec le merveilleux de la découverte, avec un oeil neuf. J'avais beau savoir avec ma tête que j'attirais un homme différent de mon ex-mari, les peurs étaient encore très présentes en moi.

J'ai aussi à regarder mon ex-mari autrement, comprendre ses attitudes afin de mieux percevoir, guérir et pardonner.  Je regarde pour quelles raisons j'aimerai vivre avec Jean.  Je vois aussi tout le travail que j'avais accompli avec Serge sur ma dépendance affective.  Je vis beaucoup mieux mes instants où nous ne sommes point ensemble.

C'est le temps du retour au bénévolat, une série de réunions font que Jean et moi nous voyons moins en semaine.  La rentrée scolaire aussi sera bientòt là.

J'ai beau travaillé sur moi pour l'aspect financier, ma crainte de redevenir dépendante financièrement d'un homme  est très présente, pour moi c'est synonyme de perte de mon identité, c'est crainte d'avoir à rendre continuellement des comptes sur chaque sous dépensé.

À l'époque où Jean fut malade toute une fin de semaine, je n'avais point pris conscience que son corps était en train de lui dire qu'il n'était point en harmonie avec lui-même dans notre relation.  Il est vrai que sa séparation à lui datait que de quelques mois et qu'il n'avait point pris de temps pour faire un bilan, faire le deuil, ses peurs de revivre la même situation était aussi très présentes en lui.

Je réalise que je ne veux point vivre avec Jean car je ne veux pas passer mon temps à lui prouver que je ne suis point avec lui que pour l'argent, comme j'avais fait pour la fidélité avec mon ex-mari.  Je ne veux plus prendre sur mes épaules la responsabilité des pensées, peurs de l'autre.

Le 30 août il me téléphone et met fin à notre relation, il me dit que je ne suis point en cause, que je fus parfaite, mais que lui a trop peur.

Dans sa peur de s'engager, il me reflète ma propre peur de m'engager.

Bilan

Dans les jours qui ont suivi cette rupture, j'ai fait le bilan de cette relation afin de voir  ce qui avait  été incorrect en moi.  Ce que j'avais à travailler pour l'avenir.

Il y avait ma peur du jugement des autres.

Toutes mes peurs reliées à la prise en charge financière.

Mon manque de confiance que la vie pouvait m'amener quelqu'un qui prenne autant soin de moi.

Mon ego du fait que je voulais tout faire par moi-même, m'en sortir seule, me prouver que j'en étais capable.

J'avais à retrouver l'enfant en moi qui n'a point peur d'avancer, d'explorer la nouveauté, sans mémoires du passé.

J'avais peur de la réussite en couple, car je ne croyais pas y avoir droit.

Que j'avais à arrêter de comparer avec le vécu du passé.

Je constatai aussi que j'étais encore dans une relation ou l'autre avait très peu de temps pour la relation, alors que de mon côté j'avais beaucoup de temps à lui donner.

Je me suis beaucoup questionnée sur ce que je pouvais avoir fait de travers, les pensées négatives à l'égard de cette nouvelle relation, de Jean, ce que je m'étais créé pour en arriver à cette rupture.  Je me tapais encore une fois sur la tête et prenait l'entière responsabilité de cette rupture.

Je constatai aussi que mon cheminement pouvait faire très peur aux autres, car je devenais alors quelqu'un de vrai, d'authentique.

J'écrivis alors à Jean une lettre pour dire Adieu à l'amoureux et bonjour à l'ami.

Cela m'a pris 3 jours pour évacuer ma peine suite à cette rupture.  Les pleurs ne coulaient point facilement de moi.  L'ego qui se voulait fort était très fort en moi.

Je sais aussi que toute cette relation était là pour me faire prendre conscience justement des peurs et limitations en moi afin de les dépasser.

Fond de chez

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